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Diplômes européens, portes françaises (2e volet) : ni dedans, ni dehors

Jacques SCHECROUN
il y a 7 jours
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours



diplôme et toque universitaire - reconnaissance de diplômes européens en France

La directive 2005/36/CE repose sur une architecture simple. Soit la profession est réglementée dans l'État d'origine, et le professionnel qui y a le droit d'exercer bénéficie de la reconnaissance, sous réserve d'éventuelles mesures de compensation. Soit elle ne l'est pas, et il peut encore être reconnu s'il justifie d'une formation réglementée ou d'une expérience professionnelle suffisante. Entre les deux, il n'y a rien. L'édifice est conçu pour qu'aucun diplômé européen ne tombe hors de ses cases.

Le droit français a transposé cette architecture pour les psychologues au II de l'article 44 de la loi du 25 juillet 1985 : le 1° vise l'État qui réglemente la profession, le 2° celui qui ne la réglemente pas. Tertium non datur.

Pourtant, un diplômé peut aujourd'hui se retrouver ni dans l'une ni dans l'autre.

Le cas autrichien

La loi fédérale autrichienne de 2013 distingue deux choses. D'un côté, le titre de psychologue, accordé de plein droit à toute personne ayant achevé des études de psychologie sanctionnées par 300 crédits ECTS, sans autre condition. De l'autre, les spécialités de psychologue clinicien et de psychologue de la santé, dont l'exercice suppose une formation post-universitaire supplémentaire.

Dans son arrêt du 1er avril 2026 (n° 25DA00803, frappé de pourvoi), la cour administrative d'appel de Douai a tiré de cette loi deux conclusions successives. Le diplômé ne relève pas du 1° : son diplôme ne lui permet pas, à lui seul, d'exercer la profession réglementée de psychologue clinicien ou de la santé. Il ne relève pas davantage du 2° : l'Autriche réglementerait la profession.

Une qualification à géométrie variable

Le raisonnement qualifie la même réglementation de deux façons contraires, selon la voie examinée. Pour fermer le 1°, la profession pertinente est la spécialité clinique, qui est réglementée. Pour fermer le 2°, la profession pertinente redevient celle de psychologue, qui serait elle aussi réglementée.

Or si le titre de psychologue s'acquiert de plein droit par la seule obtention des crédits, c'est précisément que son accès n'est pas réglementé au sens de la directive. La base de données européenne des professions réglementées va dans le même sens : elle ne recense, pour l'Autriche, que les professions de psychologue clinicien et de psychologue de la santé.

La conséquence : aucune voie, aucune compensation

L'enjeu dépasse la cohérence du raisonnement. Écarter à la fois le 1° et le 2°, c'est aussi écarter le mécanisme qui les prolonge. Lorsque la formation présente des différences substantielles, la loi prévoit une épreuve d'aptitude ou un stage d'adaptation. Ce mécanisme suppose que le demandeur entre dans l'une des voies. Hors du champ, il n'y a plus rien à compenser : le refus devient définitif, sans que les différences aient même été identifiées.

C'est exactement ce que la directive entend éviter. Le système de reconnaissance est construit pour que les écarts de formation se traitent par la compensation, pas par l'exclusion.

Une question pour la Cour de justice

La Cour de justice n'a jamais eu à se prononcer sur cette configuration : un État qui accorde de plein droit le titre professionnel au terme d'un cursus, tout en réservant à une formation complémentaire l'exercice de certaines spécialités. Les juridictions françaises, elles, se sont divisées. Le tribunal administratif de Rouen, la cour de Douai dans un premier arrêt de 2024 et le tribunal administratif de Paris ont admis le bénéfice du II de l'article 44. La cour administrative d'appel de Paris, dans quatre arrêts du 23 septembre 2025, et la cour de Douai statuant sur renvoi ont jugé l'inverse.

Selon la jurisprudence Ferreira da Silva e Brito (C-160/14, 9 septembre 2015), une telle divergence est l'indice que l'interprétation du droit de l'Union ne s'impose pas avec l'évidence qui dispenserait du renvoi préjudiciel. La question a toute sa place à Luxembourg.

Au-delà de l'Autriche

Les régimes hybrides ne sont pas une curiosité autrichienne. De nombreux États distinguent un titre générique, librement accessible, et des spécialités protégées. Chaque fois, la même question se posera : l'État d'accueil peut-il choisir, selon la voie qu'il examine, la qualification qui lui permet de refuser ?

La réponse commande l'effectivité même de la reconnaissance. Un droit qui laisse un diplômé européen sans aucune voie d'accès n'organise plus la reconnaissance. Il l'empêche.

Jacques Schecroun, avocat au Barreau de Paris

 
 
 

Commentaires


Vous avez obtenu votre diplôme dans un autre pays et souhaitez exercer votre profession en France ? Votre demande de reconnaissance est restée sans réponse, a été refusée, ou l’administration vous impose un stage ou une épreuve que vous estimez injustifiés ? Le cabinet vous accompagne à chaque étape, de la constitution du dossier jusqu’au contentieux.

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Le cabinet intervient pour les titulaires de diplômes obtenus dans ou hors de l’Union européenne, notamment :

  • psychologues ;

  • médecins et professions de santé ;

  • masseurs-kinésithérapeutes ;

  • vétérinaires, y compris les diplômes britanniques depuis le Brexit ;

  • toute autre profession réglementée en France.

L’autorité compétente varie selon la profession (ministère, préfet, ordre professionnel), et chaque procédure a ses règles. Le premier travail est d’identifier la bonne voie.

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  • Vous préparez votre demande. Un dossier bien construit évite la plupart des refus : choix du bon fondement, pièces justificatives, mise en valeur de votre formation pratique et de votre expérience professionnelle.

  • Votre demande a été refusée. Un refus peut être contesté, par un recours gracieux puis devant le tribunal administratif. Les délais sont courts.

  • On vous impose des mesures de compensation. L’administration peut exiger une épreuve d’aptitude ou un stage d’adaptation, mais seulement si elle constate des différences substantielles et après avoir vérifié si votre expérience professionnelle les compense. Ces exigences peuvent être discutées.

  • L’administration ne répond pas. Les textes lui imposent de statuer dans un délai déterminé, en général quatre mois au plus à compter du dossier complet. Ce délai est souvent dépassé. Le silence de l’administration peut être contesté, et un retard fautif peut engager la responsabilité de l’État.

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  1. Analyse de votre dossier : diplôme, formation pratique, expérience, réglementation de votre pays d’origine.

  2. Stratégie : demande nouvelle, recours gracieux ou recours contentieux, selon votre situation et les délais.

  3. Contentieux : tribunal administratif et cour administrative d’appel ; Conseil d’État, en lien avec un avocat aux Conseils ; Cour européenne des droits de l’homme. Le cabinet invoque, lorsque c’est utile, le droit de l’Union européenne et la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne.

  4. Suivi : jusqu’à l’obtention de l’autorisation d’exercer ou l’exécution de la décision de justice.

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Un refus de reconnaissance peut être contesté devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Passé ce délai, il devient en principe définitif. N’attendez pas pour faire examiner votre dossier.

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Le droit européen impose à la France de comparer vos connaissances et vos compétences réelles, pas de vérifier que vous avez été formé exactement comme un étudiant français. Ce principe, posé par la Cour de justice et repris par la directive 2005/36/CE, est au cœur de nombreux refus contestables. Pour aller plus loin, lisez la série du blog :

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Cela dépend de la profession : selon les cas, un ministère, le préfet de région ou l’ordre professionnel. Le cabinet identifie l’autorité compétente et la procédure applicable.

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Oui, mais les règles sont différentes et souvent plus strictes. Une analyse au cas par cas est indispensable.

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Oui, si elle constate des différences substantielles entre votre formation et la formation française, et si votre expérience professionnelle ne les compense pas. Elle doit motiver sa décision, et cette motivation peut être contestée.


Souvent plus d’un an. Des procédures d’urgence existent dans certaines situations.

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Oui. Les rendez-vous ont lieu au cabinet, à Paris 17e, ou en visioconférence. Vous pouvez aussi consulter le cabinet par e-mail.

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Qui décide de la reconnaissance de mon diplôme ?

Mon diplôme vient d’un pays hors de l’Union européenne : est-ce possible ?

L’administration peut-elle m’imposer un stage ou un examen ?

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